Chapitre 57 : Plus qu'un maillot

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1248 mots

Le samedi matin arriva, et avec lui, l'entraînement de volley.

Ce serait la première fois que je reverrais l'équipe depuis l'anniversaire de Lucas. Et ce serait sans Kai, qui rentrait le lendemain.

Je regardai par la fenêtre, cherchant dans la lumière de Montpellier le courage d'y aller. Je n'avais pas envie. Pas seul. Pas sans lui. Je n'avais pas la force de Rosa Parks. Alors je décidai d'attendre mardi. J'y retournerai avec Kai.

À 8h45, Nathan frappa à ma porte, ponctuel comme une horloge. J'ouvris. Il vit que je n'étais pas en tenue et haussa un sourcil, surpris.

— Tu ne viens pas ?

— Non. Je n'en ai pas envie.

Il me regarda, comme s'il cherchait les mots justes. Puis il ouvrit la bouche, hésita, et se ravisa.

— C'est comme tu le sens… Mais tu vas nous manquer.

Je hochai la tête.

— Bon entraînement, murmurai-je.

La porte se referma. J'entendis ses pas s'éloigner dans le couloir, puis le ding de l'ascenseur.

Quelques heures plus tard, j’entendis un nouveau coup à la porte. Nathan était de retour, encore un peu rouge de l'entraînement, son sac de sport à l'épaule.

— Trois mecs veulent te parler, dit-il.

— Ils sont où ?

— Dans le hall.

J'attrapai mes clés, sortis, fermai ma porte et me dirigeai vers l’ascenseur.

— Tu ne viens pas avec moi ? demandai-je en voyant Nathan retourner vers son appartement.

— Non, Hugo. C'est à toi qu'ils veulent parler.

J’entrai dans l'ascenseur et descendis dans le hall. Louis, Lucas et Lancelot m'attendaient. En voyant Lucas, une vague de honte me submergea. Je m'avançai vers lui, mal à l'aise.

— Lucas… Je suis désolé pour ton anniversaire. Pour la table basse, je la rembourserai à tes parents.

— T'inquiète, Hugo, dit-il en haussant les épaules. Ma mère allait la balancer de toute façon. Elle change ses meubles tous les trois mois, cette table était déjà condamnée à se retrouver aux encombrants.

— On est là parce qu'on voulait te parler de l'anniversaire justement, continua Lancelot. Et surtout des conséquences sur l'équipe.

Il s'arrêta un instant, regarda Louis et Lucas, avant de reprendre.

— Kai, c'est notre capitaine, et… quand on a compris pour vous deux, ça nous a fait un drôle d'effet. Moi, je te cache pas, j'ai été surpris. Pas gêné, hein. Juste… ouais, surpris. J'm'y attendais pas, c'est tout.

Il se gratta la nuque.

— Après l'entraînement de mardi, on en a parlé entre nous. Surtout qu'il y a eu Avignon l'an dernier, alors… c'est un sujet qui nous touche.

Il souffla un coup, puis reprit, plus direct.

— Enfin, bref. Kai et toi, vous faites ce que vous voulez. Vous êtes deux mecs, vous vous aimez, c'est cool. Est-ce que vous deviez nous le dire ? Non, bien sûr. On ne demande pas à un joueur de nous raconter sa vie privée quand il sort avec une fille, alors pour vous c'est pareil.

— Ouais, j'ai été surpris aussi, ajouta Lucas.

— Ensuite, on avait peur que vous quittiez l'équipe, reprit Lancelot. On s'est dit que peut-être, à cause de tout ça, vous alliez arrêter.

Louis fit un pas en avant. Il avait les mains dans les poches, le regard un peu bas.

— Je vais être franc, dit-il. Ce que j'ai dit au pub irlandais la semaine dernière, je le pensais. Sur la gêne, les vestiaires, tout ça. Je l'ai dit parce que c'était vrai.

Il hésita un instant.

— Cinq minutes avant, tu avais dit que tu aimais les filles bien gaulées. Les autres gars à table, je les avais déjà vus avec des filles avant. Alors j'ai pas pensé que je pouvais heurter quelqu'un. Sinon, j'aurais peut-être fermé ma gueule. Après, c'est bien aussi d'être franc… mais si ça blesse, ça craint. Enfin, c'est compliqué, tu vois.

La phrase de Louis, lorsque nous étions devant nos bières, résonna dans ma tête « Moi, ça me fait chier, je vais pas vous mentir. Je l'accepte, mais ça me met quand même mal à l'aise, dans les douches, un mec qui peut mater... »

— Oui, c'est compliqué, répondis-je la voix plus basse que je ne l'aurais voulu.

Et en même temps, j’avais maté dans les vestiaires, Pas de façon ostentatoire, non. Juste un regard en coin, une seconde de trop, une admiration que je n’avais pas toujours réussi à retenir. C’était difficile de ne pas être attiré. Des corps sculptés par le volley, jeunes, puissants, pleins de vie, qui s’étiraient après l’effort.

— Ce que je veux dire, c'est que… je suis désolé si je t'ai blessé. Vraiment. Parce que t'es notre pote, Hugo. Et c'est tout ce qui compte.

— Je comprends Louis. Tu ne m’as pas blessé. Je suis content que tu aies été franc. Parce que les mensonges, à force, ça use.

— Ouais, répondit Louis.

J’hésitai à poser la question, mais il fallait que je sache.

— Et Julien, il en pense quoi ? demandai-je.

Louis et Lucas se regardèrent gênés. Lancelot baissa un peu le regard puis dit :

— Certains ont plus de facilité que d’autres à accepter ce qu’ils découvrent. Tout le monde est différent.

Je comprenais ce que cela voulait lire. Je savais lire entre lignes mais également écouter entre les mots. Il y eut un blanc.

— Hugo, on est une équipe, dit-il finalement. Pas juste des gars qui ont le même maillot. Pas juste des gars qui jouent ensemble. Pas juste des gars qui se passent un ballon.

Il me regarda.

— Une équipe, c'est quand tu sais qu'un gars va moins bien avant même qu'il ouvre la bouche. Quand tu remarques qu'il parle pas pareil. Quand tu vois qu'il serre ses lacets dix fois parce qu'il est stressé.

— Une équipe de gars qui disent parfois des conneries, continua Lucas. Des gars qui font des erreurs. Des gars qui ne savent pas toujours quoi dire.

Il fit un pas vers moi.

— Mais une équipe quand même.

— Hugo… tu fais partie de cette équipe, dit-il la voix tremblante.

— Et Kai aussi, ajouta Louis. Pas seulement parce qu'il est notre capitaine. Pas seulement parce qu'il a un bras capable de tuer quelqu'un au service.

Lucas hocha la tête.

— Ce qui est quand même un peu énervant.

On rit tous les quatre. Un rire qui nous libéra un peu, comme une bouffée d'air.

— Il est notre capitaine parce qu'il nous rassemble, reprit Lancelot. Parce qu'on joue mieux quand il est là. Parce qu'on est meilleurs ensemble.

— Alors reviens, continua-t-il en me fixant.

Il fit une pause et dit :

— Revenez.

Je les regardai tous les trois. Je sentais les larmes monter. Les mots prenaient du temps à sortir.

— Kai et moi en avons parlé, dis-je enfin. On reste.

Lancelot laissa échapper un souffle, comme s'il retenait sa respiration depuis des heures.

— Putain, Hugo… T'as failli nous faire un infarctus, ce matin.

Louis éclata de rire, et quelque chose en moi se dénoua.

— Bon, ben… On vous voit mardi, alors ?

Je hochai la tête, un sourire aux lèvres.

— Ouais. On sera là. Tous les deux.

Un silence s'installa. Pas gêné. Juste lourd de tout ce qu'on n'avait pas besoin de dire. Puis Louis me donna une tape sur l'épaule, un peu trop fort, comme il savait si bien le faire.

— On va manger un kebab ? J’ai la dalle.

Je hochai la tête, un sourire aux lèvres. Je sortis mon téléphone et envoyai un message à Nathan :

Moi : Libre pour un kebab ? C’est mon tour cette fois !

Quelques minutes plus tard nous étions tous les cinq attablés. Je commandai mon sandwich.

— Quelle sauce, chef ? demanda le gérant.

— Sauce blanche, répondis-je, c’est ma préférée.

Mon regard se tourna vers Nathan, à côté de moi. Et il esquissa un sourire.


💬 Commentaires 2

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bcome • 1 semaine, 5 jours
Des gars capables de réflexion, de se remettre en question…
Et d'accepter l'autre dans ses différences.
Bel échange, rendant bien la difficulté pour de jeunes mâles d'accepter d'être aussi des objets de convoitise ; qu'un garçon ne soit pas comme eux…
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Paul.Koipa • 1 semaine, 6 jours
Décidemment, il est sacrément bien entouré ce brave hugo !
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