Chapitre 58 : La valse

📖 Hors-Jeu ✍️ qwed2001 📝 1431 mots

La gare Montpellier Sud de France était une coque de béton ajourée, perdue au milieu de la plaine comme une soucoupe oubliée sur l’herbe. Contrairement à la gare Saint-Roch, nichée au cœur de la ville, celle-ci était excentrée, au sud-est, perdue entre l’aéroport et les autoroutes comme un lieu hors du temps. 

C’était là qu’arriverait le train de Kai à 18h45.

J’y étais depuis dix-huit heures.

Je ne pouvais plus rester dans ma chambre. J’avais besoin d’être ici, de sentir le sol de la gare sous mes pieds, de voir les panneaux d’affichage, de regarder les quais, comme si ma présence pouvait accélérer son arrivée. Alors j’étais venu tôt. Beaucoup trop tôt. Et je regardais les minutes défiler sur l’horloge géante, chacune semblant plus lente que la précédente.

La veille, après le kebab, j’étais passé récupérer son téléphone de remplacement pour lui. J’avais fait quelques courses. Puis j’étais allé marcher sur les bords du Lez, là où nous avions décidé de voir où tout cela nous mènerait. Le soir, j’avais travaillé mes cours, ouvert des livres, lu des pages. J’avais essayé de remplir les heures. Mais le temps refusait d’avancer.

Aujourd’hui, j’avais travaillé sur une dissertation consacrée à la transposition des récits antiques dans le théâtre moderne.

Et puis, j’étais venu. Ici.
Devant le panneau d’affichage.

18h05…
18h10…

Je regardais les voyageurs autour de moi. Je faisais les cent pas sans même m’en rendre compte.

Puis, enfin, le train entra en gare.

Une vague de voyageurs arriva. Je cherchai Kai parmi eux, parmi les visages fatigués, les valises tirées.

Je ne le voyais pas.
Pas encore.

Puis il apparut. Il avait les cheveux en bataille et un large sac en bandoulière posé sur son épaule puissante.

Il était là.

Son sourire éclatant traversa la foule. Beau comme un dieu. Comme Apollon lui-même, rayonnant dans la lumière de cette gare.

Je fis quelques pas vers lui. Puis j’accélérai.
Puis je courus.

Il ouvrit les bras, et je me jetai dedans. Il me rattrapa, me souleva, et je sentis ses mains s’enfoncer dans mon dos, ses bras m’enlacer comme pour me soustraire au monde entier. Puis il me fit tourner. Un mouvement léger, spontané, une valse improvisée en plein cœur de la gare. Je sentis mes pieds quitter le sol une seconde, l’air tiède caressant ma peau, son rire vibrant contre mon oreille, comme une mélodie.

Il me reposa doucement, mais ne me lâcha pas. Il garda ses mains sur mes hanches, ses yeux plongés dans les miens.

Ses lèvres trouvèrent les miennes. Un baiser profond, langoureux, qui disait tout ce que les mots ne pouvaient pas dire. Le goût de lui, salé et doux à la fois, le souffle mêlé au mien, chaud et régulier, la chaleur de sa peau collée à la mienne. Le reste du monde disparut.

Il y avait des gens autour. Je les voyais, mais ils n’existaient pas. Ils n’étaient que des ombres, des silhouettes floues au bord de notre bulle. Et dans cette bulle, il n’y avait que nous. Que lui. Que ce baiser.

Ce n’était plus des doigts discrètement entrelacés sur une place ni un baiser dans le hall d’un hôtel d’une ville où je ne connaissais personne. Non, c’était un baiser langoureux dans le hall d’une gare de Montpellier, devant tout le monde. Un baiser ostentatoire. Peut-être même provoquant. Et je m’en foutais. Non, en fait, j’en étais fier. Je voulais que tout le monde le voie, que tout le monde le sache. J’avais envie de crier dans ce hall de gare : « Je suis avec lui. Je l’aime. »

Kai s’écarta juste assez pour me regarder, un sourire aux lèvres. Puis il me prit le visage entre ses mains et m’embrassa à nouveau, plus doucement cette fois, comme pour me dire qu’il n’avait besoin de rien d’autre que de moi.

Je fermai les yeux, et je me laissai porter.

Quand il s’écarta, je reposai ma tête contre son épaule. Il passa un bras autour de moi, et on resta là, au milieu de la gare, sans bouger, sans parler.

— Tu m’as manqué pendant trois jours, murmura-t-il.

Il serra son bras autour de moi, et je sentis son sourire contre mes cheveux. Et nous marchâmes en direction du tram.

Dans le tram, je mis ma tête sur son épaule. J’avais un sourire sur les lèvres.

Lorsque nous arrivâmes enfin chez lui, nous montâmes les escaliers, la porte de son petit appartement se referma sur nous. Il posa son sac à côté de l’entrée, et on bascula sur le canapé pour s’embrasser. Trois jours à rattraper.

— T’as dîné ? demanda-t-il enfin.

— Non, et toi ?

— Non plus.

— J’ai pas grand-chose, je fais des pâtes ?

— Super. Ça nous rappelera notre premier repas ici, tu te souviens ? Quand on avait pris la pluie ?

— Putain, la meilleure pluie du monde.

Il mit une casserole d’eau sur la plaque. Il en profita pour déballer son téléphone de remplacement. Quand il le mit en service, de nombreux messages apparurent.

— Ma petite agence me propose un shooting la semaine prochaine, dit-il. Deux jours à Nîmes pour des articles de sport.

— Tu vas dire oui.

— Oui, ce n’est pas parce que je bosse pour une plus grosse agence que je vais les laisser tomber. Et puis, ils sont sympas.

Il continua à regarder ses messages et écouter ses messages vocaux

— J’ai plein d’appels en absence d’un certain Hugo Pommier. Tu le connais ? dit-il en souriant.

— Jamais entendu parler, répondis-je en riant. Il faut que je sois jaloux ?

— Oui, parce qu’il est vraiment super mignon et parce que je craque pour son regard.

L’eau commença à bouillir, et il mit les pâtes dans la casserole. Puis il commença à préparer la sauce. L’odeur était exquise.

On passa enfin à table, dévorant le plat comme si c’était notre dernier repas.

Après avoir mangé, je demandai à Kai de jouer de son violoncelle pour moi.

Puis, nous retirâmes nos vêtements. Nos caleçons glissèrent sur nos hanches, libérant nos peaux l’une contre l’autre. Nos corps se cherchèrent instinctivement, comme aimantés. Nos sexes, déjà dressés, semblaient impatients, comme s’ils pressentaient ce qui les attendait.

Je commençai à déposer des baisers sur son cou, ses pectoraux durs et puissants, puis ses abdominaux. Sa verge, magnifique et déjà tendue, reposait sur son ventre. Mes lèvres se posèrent sur elle pour y déposer des baisers et je la sentis pulser d’impatience. Je déposai de nouveaux baisers, plus insistants, puis fis glisser mes lèvres le long de sa tige, de la base jusqu’à son gland. Il se cambra légèrement, un son rauque s’échappant de sa gorge, comme un animal pris au piège du plaisir. Je le regardai dans les yeux, y lisant une supplication muette : « Plus... Encore... »

Je recommençais, cette fois-ci, laissant ma langue glisser lentement le long de sa hampe. Sa peau était brûlante sous ma bouche, son goût salé et enivrant, comme un fruit défendu que j’osais enfin goûter. Un nouveau son s’échappa de sa gorge. Une vague de désir me submergea. J’avais envie d’aller plus loin, d’engloutir sa verge entière.

Je remontai lentement son torse, traçant un chemin de baisers humides jusqu’à ses lèvres, où je m’attardai, savourant le goût de son excitation sur ma langue.

Il me renversa délicatement sur le dos et se plaça au-dessus de moi, son torse contre le mien, nos ventres collés, nos cuisses entrelacées. Nos sexes se touchèrent, se frôlèrent, et je sentis sa chaleur me brûler, comme une flamme lente qui grandissait entre nous. Il m’embrassa lentement et avidement à la fois, ses hanches commençant à onduler contre les miennes, comme si nos corps avaient leur propre langage.

C’était incroyablement érotique. Nos bouches s’embrassaient mais nos sexes aussi, les verges glissant l’une sur l’autre avec tendresse. Nos peaux se parlaient, nos souffles s’entremêlaient, et chaque mouvement était une promesse.

Je voulais plus. Je voulais tout de lui.

Il s’écarta légèrement, ses yeux sombres de désir fixés sur moi, une question silencieuse planant entre nous.

À cet instant, j’avais envie de le pénétrer, j’avais envie qu’il me pénètre, que nos corps ne fassent plus qu’un. Et pourtant, j’avais peur. Je voyais le même désir et la même appréhension dans ses yeux.

La question resta suspendue. Un temps d’arrêt, une mesure de silence dans la valse que nos corps venaient de danser.

Une seconde. Deux.

Je le regardai. L'envie et la peur, mêlées, brûlaient au creux de ma poitrine. Il les portait aussi, je le voyais dans l'éclat de ses yeux, dans la façon dont ses doigts s'étaient immobilisés sur ma hanche. 

Il hésita, puis se rallongea à mes côtés, prenant mon sexe dans sa main, et se mit à un va-et-vient lent, presque paresseux. Je fis de même, mes doigts s’enroulèrent autour de lui, sentant chaque veine saillante, chaque frémissement sous ma paume.

Ce soir, encore, ce seraient nos mains qui nous mèneraient au plaisir.

💬 Commentaires 3

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lampertcity • 1 semaine, 5 jours
La grande agence n'a pas encore fait signer à Kai un contrat d'exclusivité ?
Pour le sexe, pas besoin de se presser, ils se reverront encore et encore :)
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qwed2001 Auteur • 1 semaine, 5 jours
C'était un premier contrat, pas (encore) d'exclu.
Pour le sexe, ils auront sans doute l'occasion d'y revenir :)
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Paul.Koipa • 1 semaine, 5 jours
Belles retrouvailles, un pas à la fois ...
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