Noah, le 14 septembre 2026

📖 La Grande Ourse ✍️ TeddieSage 📝 3690 mots

Mon meilleur ami et moi, on discute surtout en ligne… Il s’appelle Freddie Hagen. J’ai fait sa connaissance quand son équipe de foot est venue rendre visite à notre école pour se mesurer à la nôtre. Je l’ai vu sur les gradins, avant leur match, alors qu’il lisait un manga. Il était isolé du reste de son groupe. Je me suis approché, comme j’étais curieux de voir pourquoi il s’était éloigné des autres. Il avait l’air d’un de ces types sortis tout droit d’un film hollywoodien.

Salut, ai-je dit. Tu lis quoi, au juste ? Ça m’a l’air intéressant…

Il a levé son regard vers moi, a rougi, et a commencé à bégayer.

Euh… c’est un… c’est un tr… truc assez coo… cool, en fait. Ça parle de pirates qui vo… voyagent dans le but de trouver un très grand trésor… Je… Euh…

En fait, je voulais juste trouver un prétexte pour venir te parler, ai-je répliqué avant de glousser. Ce n’est pas tous les jours que je croise un autre fan de One Piece. Je vois que tu commences à peine l’aventure, pas vrai ?

Ah… oh… Je… Je vois… Oui. C’est ma cousine qui me l’a prêté parce qu’elle a vu que je commençais à m’intéresser aux mangas…

Moi je suis rendu beaucoup plus loin, mais j’admets que j’ai dû faire une pause parce que j’ai tellement de trucs à lire ces derniers temps ! Mais bon, il faut aussi que j’étudie pour mon prochain examen de mathématiques… L’horreur… Tu joues dans quelle position pour ton équipe ?

Je suis un de leurs défenseurs, mais aujourd’hui le coach croit que je devrais donner ma place à un membre de notre réserve pour lui donner un peu d’expérience sur le terrain. Je reprendrai ma place, si on a besoin de moi.

Ah, donc tu es ici pour les supporter, c’est ça ?

Ouais… mais si tu veux mon avis, le mec qui devait prendre ma place ne viendra pas. Il a le trac… c’est ce qu’il nous a dit hier alors que nous nous entraînions au gymnase de notre académie…

Tu dois être l’un des premiers à être venu, en tout cas.

Je sais, m’a-t-il expliqué. Je voulais juste me calmer un peu avec le meilleur truc qui m’est venu à l’esprit. Lire un manga…

Ah, toi aussi tu as le trac ?

Un peu. C’est la première fois que je joue un match dans une autre école. Avant, j’étais moi-même quelqu’un qu’on mettait sur la touche. Mais depuis que les plus vieux ont reçu leurs diplômes, le coach a commencé à nous entraîner plus sérieusement… Le même coach qui ne peut même pas me voir en peinture… Mais j’sais pas pourquoi je te raconte ma vie… Pardon.

Oh, ça ne fait rien, j’ai répondu avant de m’asseoir à côté de lui. Pourquoi y a-t-il des tensions entre vous, si ce n’est pas trop… indiscret ?

Bah… Tu vois le type là-bas avec la chemise rayée, les verres fumés et la casquette ? Celui qui discute avec l’entraîneur de votre équipe ?

J’ai tourné la tête vers la direction qu’il a pointée pour voir ce qu’il voulait me montrer. Je n’avais jamais vu cet homme, mais Freddie a vite ajouté :

C’est mon père. Et c’est lui l’ordure qui gère mes coéquipiers depuis plusieurs années déjà. Il voulait faire de moi un joueur vedette, mais moi ça ne me tentait pas. Je ne voulais pas être celui qui donnerait le plus de buts. Je n’aime pas courir… J’ai donc insisté pour qu’il me laisse être un défenseur.

Wow, ses vêtements sont plutôt… chics.

Bah, notre académie privée est remplie de gens comme lui… Enfin, comme moi… maintenant que j’y pense. Les autres écoles nous détestent sous prétexte qu’on est tous des élèves de bonnes familles… Moi, par contre, je n’aime pas trop cette réputation qu’on nous a collée. J’ai l’impression que ça fait de moi, quelqu’un de mauvais par association. Crois-moi, si je pouvais être transféré ailleurs, je le ferai…

Depuis ce jour, nous avons continué à nous parler de temps à autre en dehors des heures de classes. Que ce soit par textos ou bien sur des forums de discussions, nous avions fini par développé notre amitié de cette manière. Je l’ai revu à quelques reprises durant les matchs de nos équipes respectives, que ce soit à mon école ou la sienne. Moi, j’y allais surtout pour encourager Simon, parce que mon cousin adorait le foot. J’ai vu Freddie jouer à quelques reprises par la suite, mais ça se voyait qu’il s’intéressait moins à ce sport que les autres. Puis, nous avons été diplômés chacun de notre côté et nous sommes partis aux études. Nous avons gardé contact malgré tout, mais nous ne nous sommes jamais revus en dehors de nos conversations digitales.

Freddie… Il n’a pas eu une vie très joyeuse. Au départ, notre relation se limitait à discuter de nos passions respectives et des cours, mais je me suis vite rendu compte qu’il avait besoin de soutien émotionnel. Son père était monstrueux envers lui et il était clair, d’après moi, qu’il souhaitait imposer à Freddie un style de vie que mon ami ne désirait pas du tout. Comme s’il essayait de revivre sa jeunesse. Je n’ai à redire sur sa mère. Elle était très gentille envers lui.

J’ai perdu Freddie de vue quelque temps après nos premiers mois passés à l’université. Puis, graduellement, il est revenu vers moi dans nos conversations en ligne. Je pouvais le voir qu’il n’allait pas bien. Je lui avais proposé à de nombreuses reprises s’il voulait en discuter directement par webcam, mais il a toujours opté pour communiquer avec moi uniquement par textes ou par messages audio. Quelque chose en lui avait disparu. Cette joie de vivre, de partager ce qui le passionnait. En fait, il m’a carrément avoué qu’il se cherchait, un jour, alors que nous avions à peu près vingt-et-un ans. Ce qui était tout à fait normal parce que la vingtaine est connue pour être une période assez difficile pour tout le monde. Là, j’en ai vingt-sept et les choses commencent à s’améliorer pour moi. Par contre, quand j’avais vingt-deux ans… c’était l’enfer.

Qu’est-ce qui te gêne à ce point ? lui ai-je demandé un jour, à propos du fait qu’il ne voulait pas se montrer sur la caméra. Je ne vais pas te manger…

Nous avions alors vingt-cinq ans et j’envisageais bientôt de déménager dans l’appartement où je partagerais ma vie avec Simon, durant quelque temps.

Bah, j’ai changé… Je ne suis plus du tout le même type que tu as rencontré lors des matchs de foot, Noah… J’crois pas que tu me reconnaîtrais si tu me voyais ces derniers temps… J’ai l’air d’un type… très différent, en fait.

Tu ne dois pas être si terrible que ça, quand même !

Bah, euh… tu te souviens de mon meilleur pote à l’académie ? Le type qui avait l’air d’un gros nounours ? Bah… euh… j’ai fini par lui ressembler.

Ouais, bah, tu connais déjà mes goûts pour les hommes comme ça. Il est possible que je craque pour toi si tu décidais de me montrer à quoi tu ressembles aujourd’hui…

L’offre est tentante, mais j’aime mieux me limiter aux plateformes érotiques pour dénicher ce genre de commentaires sur mes formes.

Tu es incorrigible, Fred.

Et toi, un peu trop lubrique.

Il m’a ensuite fait le bruit d’une grimace dans le micro et j’ai pouffé de rire.

Ouais bah… si tu cherches une plateforme où t’exhiber, j’ai l’endroit qu’il te faut, ai-je commenté avec un ton plutôt coquin.

Rêve toujours.

Allez ! Je suis certain que tu y trouveras quelqu’un qui voudra sortir avec toi, si ça se trouve. C’est en plein le genre de chose qu’il te faut en ce moment. Moi, je te vois bien avec un beau mec, prêt à te chouchouter et–

Noah, m’interrompt celui-ci. Tu es persistant, ma parole !

Désolé. J’essaie juste de t’aider. Tu comptes beaucoup pour moi et je sais à quel point tes ex t’ont fait beaucoup de mal. Mais je crois vraiment que ça te ferait du bien de rencontrer d’autres mecs.

C’est gentil, Nono… mais le seule type qui m’intéresse en ce moment, bah, j’ai trop honte de lui parler… C’est mon nounours de l’académie. J’ai pas envie qu’il me voie comme ça, alors qu’il m’a toujours vu comme un athlète un peu geek. Tout comme toi, il ne m’a pas vu depuis longtemps…

Freddie… ça m’attriste de savoir que tu t’isoles autant. Ce n’est pas sain pour n’importe qui de s’enfermer comme ça tout le temps.

Je ne me sens pas si seul que ça, si c’est ce que tu crois. J’ai mon travail de Maître du Jeu qui me demande beaucoup de temps et d’énergie. Mais j’ai plein de joueurs sympas qui me font me sentir… utile, quoi.

J’ai dû admettre la défaite. Il n’avait pas envie de changer son mode de vie. Il était trop blessé psychologiquement pour sortir de chez lui et il ne voulait voir personne chez lui. Je me sentais pitoyable comme ami, parce que j’aurais voulu l’aider, le voir, le prendre dans mes bras… mais rien à faire.

Toutefois, il a accepté que je lui envoie le lien du site érotique, où il a suivi mon compte. Et graduellement, j’ai vite compris pourquoi il ne voulait pas qu’on le voit. L’époque où il avait été un mec sportif était révolue depuis longtemps. Il avait développé un corps rond et avait commencé à s’habiller différemment. Il avait du vernis à ongles noir sur les doigts et la plupart de ses vêtements étaient très gothiques. Il avait aussi des vêtements… un peu plus efféminés que je l’aurais imaginé. J’ai vite compris qu’il avait un alter ego de drag.

C’était comme si je le redécouvrais sous un autre jour. Certes, son corps avait changé et ses goûts vestimentaires aussi, mais j’ai quand même reconnu certains trucs chez lui, comme la bague qu’il a toujours porté durant notre adolescence ou la couleur de ses cheveux. Il ne montrait jamais son visage, par contre. Il le brouillait tout le temps sur chaque photo qu’il postait, ou ne postait que son torse. Son style particulier et son apparence ont quand même attiré plein de gens sur son profil et il s’est fait plusieurs fans en un rien de temps.

Tu commences à prendre beaucoup d’assurance, Freddie, lui avais-je envoyé, un soir, par messagerie texte. C’est bien de te voir te mettre en valeur sur le site. Franchement, c’est dommage qu’on ne voit pas ton visage sur ces photos, car je trouve que tu es très mignon avec ce corset Steampunk.

Ah… tu trouves ? Merci… Je l’ai fais spécialement pour célébrer la nouvelle campagne que je suis en train de préparer pour mes joueurs.

Est-ce qu’ils t’ont déjà vus, en fait ?

Eux ? Non… Non… Évidemment. Nos parties se font tous en ligne avec un système de jetons sur des planches digitales. Il n’y a que l’audio qui soit important pour moi, et une attitude de fairplay entre chacun de mes joueurs.

Ah, dommage. Moi, je pense qu’ils apprécieraient de voir à quel point tu es… adorable, en fait. J’ignorais que tu aimais les choses si kawaii.

Bah… c’est pas un truc que je crie sur tous les toits, non plus.

Pourtant, on dirait que depuis que tu t’es émancipé de ton père, tu as réussi à te trouver de nouvelles passions… C’est ce que j’admire le plus chez toi. On dirait que je découvre enfin un truc chez toi qui est tout à fait authentique.

Cette déclaration lui avait touché droit au cœur, parce qu’un moment plus tard, il m’avait répondu ce qui suit :

Oh Noah… Tu as toujours cru en moi, même après toutes ces années. Et ça m’aura pris un site érotique pour réaliser que j’ai toujours eu un ange gardien qui veillait sur moi depuis tout ce temps. Par contre, c’est un peu gênant que tu m’aies vue ainsi… avec ces positions si… euh… Héhé…

Ne t’en fais pas. Tu es très beau et parfois aussi très belle.

Tu sais comment parler aux drag queens, toi. :P

Il m’a un jour expliqué qu’il avait l’impression que toute sa vie, il s’était senti à part des autres hommes, et même des femmes. Sur le site érotique, il ne se gêne pas pour déclarer qu’il est ouvertement genderfluid. Enfin, il et elle lui conviennent, tant et aussi longtemps que ça vienne du cœur. Le plus souvent, il préfère nous montrer son côté masculin, alors j’emploie le pronom masculin. Mais parfois, on le voit prendre des aspects plus féminins ; alors on change de pronom pour qu’il soit à l’aise. 

Il m’a déjà avoué avoir essayé le pronom iel, mais qu’il s’était rendu compte que les termes inclusifs pouvaient être très casse-gueule à l’oral. Il a moins ce problème avec l’anglais, qui est beaucoup plus facile à conjuguer avec les fameux they/them du singulier. Et je dois vous avouer que je manque aussi de pratique avec le langage neutre.

Il n’y a pas à dire, c’est intéressant de le voir évoluer au fil du temps. Je suis même un peu jaloux de son succès sur la plateforme, parce que plusieurs membres le trouvent intéressant. Il a déniché plusieurs de ses clients pour Donjons et Dragons, là-bas, en fait. Il paraît qu’il a eu beaucoup de plaisir à imaginer des campagnes érotiques pour ceux-là. Tant que tout le monde s’amuse, c’est l’essentiel.

Alors que je repense à tout cela, je réalise à quel point ma vie serait triste sans Freddie. J’ai déjà partagé quelques photos avec lui au fil des années, mais jamais le visage. C’était ma façon de le taquiner parce qu’il ne voulait pas me révéler le sien. Il m’a avoué qu’il se souvenait vaguement de notre années lycéennes mais qu’il ne pourrait plus se souvenir de toutes les personnes qu’il a vues suite à un bad trip qu’il a eu avec des substances illicites. Il ne touche plus aux drogues, même s’il a consommé un peu, durant la fac. 

Il a commencé à oublier le nom de la plupart de ses camarades de classe… sauf celui de son crush, j’imagine. C’est dommage qu’il ne veuille pas me dire son prénom. Moi, je ne me gêne pas pour lui dire que le premier mec qui m’a fait réaliser que j’étais homo, il s’appelle Louis. Mais lui, il était hétéro et tout ça, c’est une autre histoire que je préfère mettre dans un coin de mon cerveau, pour le moment. Louis est maintenant un père de famille et vit à l’autre bout du continent avec sa fiancée et leurs deux enfants.

Dis Noah, me demande Freddie au smartphone, alors que je suis en train de nettoyer la cuisine de mon appartement. Est-ce que ton grizzly roux est dans le coin ?

— Non, ne t’en fais pas. Il travaille. Je sais à quel point tu es timide, donc j’évite de répondre à tes coups de fils quand il est là.

Tant mieux… J’ai l’impression de lui voler son mec chaque fois que je t’appelle depuis quelques mois… ou que je suis comme ton amant… Et cette impression me fout les jetons. J’ai pas envie qu’il se fasse des idées…

— Ah, parce que tu me vois comme ton petit ami ? je glousse avant de mettre un verre dans l’armoire. Freddie, si tu savais comme j’attendais ce moment avec impatience… Mon gros nounours rien qu’à mouââââ ~

Freddie s’étouffe avec la boisson qu’il était en train de boire, de l’autre côté de l’appareil et éclate de rire avant de taper sur ce qui semble être une table.

Noah ! s’exclame-t-il. Arrête de me taquiner ! Vilaine fripouille !

— Oh, mais tu sais, Freddie… je t’ai toujours trouvé beau, moi.

Je sais… et moi j’ai toujours adoré ton sens de l’humour.

— C’est dommage que tu sois si gêné de sortir de chez toi, ces derniers temps. J’aurais trop aimé te revoir après toutes ces années, juste pour te faire un gros câlin. Ça fait quoi, maintenant que j’y pense… neuf ou dix ans qu’on ne s’est pas vus ? Ta belle bouille me manque, Freddie-chou. J’y ferais plein de bisous. Je suis sûr que tu es toujours aussi séduisant que dans mes souvenirs.

Oui… mais tu sais déjà à quoi le reste de mon corps ressemble, dernièrement… Et… Je sais bien qu’il te plaît, mais moi… J’ai trop peur d’affronter la réalité. Il n’y a qu’en ligne où je me sente vraiment à mon aise d’explorer mon identité… J’ai l’impression d’être une autre personne…

— Je sais… Et toi et moi, on est comme un vieux couple marié dans le fond. J’ai arrêté le nombre d’heures que nous passons à parler comme ça au téléphone ou par textos. Je sais à quel point c’est difficile pour toi de trouver un sens à ta vie. Moi aussi je galère beaucoup… Mais depuis que je sors avec mon ours… on dirait que les choses sont devenues moins compliquées.

Je l’entends prendre une grande respiration, tandis que j’essuie le comptoir sur lequel Rowan a préparé notre déjeuner, plus tôt.

Tu me donnes envie d’avoir mon propre mec, soupire Freddie. Mais je ne sais pas qui voudrait d’une personne aussi… bizarre que moi. À part les hommes qui flashent sur moi, en ligne ; je n’ai personne…

— Si je n’étais pas déjà en couple, je bondirais tout de suite dans tes bras.

Petit rigolo…

— Je suis sincère, Freddou. Tu mérites d’être aimé. Et ça me tue de devoir te le répéter si souvent. Même ton psy te le dit, tu as le droit d’être aimé. Et moi, je t’aime beaucoup… T’es très important à mes yeux, même si tu ne t’en rends pas compte. Je ne sais pas comment j’aurais fait pour survivre mes premières années en tant qu’adulte, sans ton soutien et ta gentillesse.

J’entends des reniflements de l’autre côté de l’appareil.

— Tu… tu pleures ? je commente. Oh Freddie, je ne voulais pas…

Non, ne t’inquiète pas… C’est juste que… Je regrette beaucoup de ne jamais avoir avoué mes sentiments à mon vieil ami. Maintenant, je sais qu’il a quelqu’un dans sa vie, parce que je l’ai vue dans les couloirs de mon bloc appartement avec son petit ami, la première semaine que j’étais ici… Pourquoi fallait-il que j’emménage dans un bloc qui appartient à sa famille ? Je me sens si stupide… Et il n’y a rien que je puisse faire autre qu’attendre que ce bail expire, avant de partir ailleurs, loin d’ici… J’adore ce qu’il a fait à ses cheveux… Il est très bel homme… Son partenaire aussi est mignon…

Je cligne les yeux et fige sur place pendant quelques secondes. Suis-je en train de me faire des idées… ou bien… ?

— Freddie ? je formule, hébété.

O… Oui, Noah ?

— Où exactement vis-tu, en ce moment ?

Bah, dans un grand bloc appartement du Village gai de Montréal. Près des bars, des clubs et des boutiques… Mon ami est le proprio du resto de la Grande Ourse. C’est lui-même qui est venu me porter la plupart de mes repas, ces derniers temps. Il a beaucoup changé, je l’ai vu par le judas.

Cette révélation me glace le sang. Je m’attendais à tout, sauf à ça.

No… Noah ? me demande alors Freddie, nerveux.

— Ce type… il ne s’appellerait pas Rowan Mackenzie, par hasard ?

C’est alors que je l’entends pousser un petit cri de surprise. Il échappe son smartphone que j’entends tomber sur un meuble de son appartement. Cela a confirmé mes doutes. J’attends quelques secondes avant de hausser la voix.

— Freddie. Tout comme tu le sais déjà ; ça fait déjà longtemps que j’ai compris qu’être fort, c’est aussi être honnête envers soi-même et envers les autres… Alors… Dis-moi tout… Je t’en prie…

Je l’entends renifler. Il a recommencé à pleurer. Instinctivement, je me dirige vers la sortie de mon appartement dont la porte est grande ouverte pour laisser passer un courant d’air. 

Pour en avoir le cœur net, mon smartphone à la main, je me dirige vers l’appartement où quelqu’un a récemment emménagé après moi. C’est à trois portes d’ici.

— Freddie… Je dois te voir… S’il te plaît, viens à la porte…

Je… Je suis déjà là, couine une voix de l’autre côté de cette dernière.

Lorsque la poignée commence à tourner, je réalise que je ne peux plus faire machine arrière. Ma vie est encore sur le point de changer. Mon meilleur ami, Freddie Hagen, vit ici.

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