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Je fermais la documentation que j’avais récupérée à la bibliothèque sur le dieu Damaron. Je n’avais rien trouvé en particulier, seulement qu’il punissait les crimes engendrés par l’envie. Et que plusieurs de ces disciples avaient créé, dans le temps, leur propre religion…
La religion et les histoires du passé faisaient encore naître la folie dans un monde plus moderne que jamais.
Je sortis de ma chambre en direction de la cuisine.
Je me fis une tartine, de quoi nourrir ma frustration.
Les yeux rivés à la fenêtre, j’observais le ciel étoilé, lorsque la voix de ma mère me surprit.
— Il est tard, Landry. Tu devrais dormir un peu plus.
— Je devrais, dis-je en me retournant.
Ma mère portait une robe de chambre plus qu’épaisse et marchait pied-nu sur le carrelage.
Elle tira une chaise, s’y assie.
— Qu’est-ce qui te tracasse ?
Sa voix avait toujours de la douceur quand elle l’offrait à ses enfants.
— Hier. J’ai rencontré mon premier cadavre.
La vision passée aurait dû me faire abandonner ma tartine, seulement j’avais un peu faim. Je mordis dedans. Ma mère eut un haussement de sourcil, mais me laissa parler.
— Je sais qu’il y en aura d’autres prochainement. Mais je ne comprends pas pourquoi le tueur se cache derrière Damaron.
— Le dieu ?
Ma mère était comme moi. Elle ne croyait pas aux dieux et aux déesses de l’ancien temps. Ceux qui nous étaient contés dans les livres, ceux qui figuraient sur les murs et les temples perdus dans nos villes. Je ne voyais en eux et leurs histoires rien de plus que des humains un peu trop imaginatifs et inventifs. Après tout, à quoi ressemblait vraiment le monde mille ans en arrière ? C'était comme ses histoires ridicules sur les sorciers et le monde de l’envers. Je n’y croyais pas plus. Mais c’était bien trouvé.
— Oui, le dieu. J’ai l’impression que notre type tue pour punir. Et ce que j’ai appris, c’est que Damaron, tue les criminels séduits par l’envie. Donc, j’en viens à me demander si la victime n’a pas fait quelque chose de réprobateur envers le tueur.
— Une vengeance ?
— Je n’en sais rien.
Je ne dis plus rien. Si j’étais sur l’affaire de ce maniaque à la tige de fer avec Tae, je surveillais de loin les derniers crimes d’un autre tueur en série.
Le Loup. Il a fait pas mal de victimes… tous des criminels d’envergure.
Lui qui avait tendance à tuer d’autres criminels pourrait-il assassiner l’artiste peintre ? Un nom bien trop doux pour un meurtrier. Mais l’inspecteur aimait bien donner des noms avant les journalistes.
D’ailleurs notre affaire n’avait pas été médiatisée sous ordre de Tae.
« Il voudra qu’on le voie. Et c’est hors de question. »
Bien évidemment qu’il veut être vu. Qui fait une si belle mise en scène pour être ignoré ? Il destinait ses crimes à quelqu’un…
Les yeux dirigés vers les carreaux de la fenêtre, j’eus un mouvement de recul, en y trouvant une paire d’yeux rouges.
Elle disparut dans la seconde où je clignai des paupières et fit renaître une dispute que j’avais épiée entre gamins ce matin.
« J’t’dis, il a vu l’homme chouette et même qu’il a des yeux rouges comme le sang qui coulera ! »
Une simple légende qui circule dans les quartiers défavorisés et les campagnes depuis quelques années, pensai-je encore.
La fatigue me faisait croire n’importe quoi. Les hommes chouettes n’existaient pas, comme la magie, les sorciers et les Dieux.
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