Chapitre 25

📖 Les ailes fanées [en cours] ✍️ lampertcity 📝 1491 mots

Écrit en écoutant notamment : Thunders - Illusion


Lorsqu’il se réveilla, Alban se rendit compte que la lumière du jour s’était déjà envolée. Il devait être autour de dix-huit heures trente. 

À ses côtés, Jakub dormait toujours ; il respirait avec la régularité d’une horloge suisse. Après avoir expérimenté la 206 des teufeurs et le sas de banque, il devait apprécier la douceur d’un vrai matelas.

Alban observa de longues minutes, immobile, le visage du jeune homme qu’il avait recueilli. Même clos, ses yeux semblaient apaisés. Il sourit en scrutant l’arête de son nez, balafrée par une ligne sombre, puis ses lèvres en souffrance dont la coloration revenait enfin vers le rouge. Son corps était caché sous la couverture, mais la chaleur intense qui en émanait, celle d’une machine bien vivante, lui rappela leurs ébats du milieu d’après-midi. Forcément, il sentit à nouveau le sang affluer vers son sexe. 

Il s’extirpa avec toute la délicatesse possible de leur couche. Le sol était frais en comparaison. Il récupéra ses chaussons laissés dans la pièce principale et alluma une lampe à pied à la douce lueur orangée. Pour une fois, sa mère avait eu raison de la lui refourguer ; il avait mal préjugé du pouvoir réconfortant de l’objet lors des sombres soirées hivernales. Il sortit l’énoncé d’un devoir maison à rendre d’ici dix jours ainsi que ses trois copies doubles de recherches. Les résultats intermédiaires lui revinrent en tête au cours d’une relecture rapide du sujet. Il ne restait plus qu’à attaquer la quatrième et ultime partie : « Fonctions harmoniques sur un ouvert du plan ».

Les deux premières questions étaient des calculs d’une difficulté assez modérée. Son critérium glissait sans bruit sur le papier tandis qu’il alignait les équations. C’était une habitude prise pour les exercices et devoirs à la maison : à la longue, la souplesse de la mine en graphite épuisait moins le poignet, et il pouvait revenir sur ses erreurs sans accumuler les ratures.

Il releva la tête en abordant la question suivante, nettement moins triviale : « Montrer que le gradient de f s’annule au plus une fois sur le pavé [0, A]² ». 

Pendant ce temps, Jakub dormait, insensible à la beauté complexe de son sujet d’étude. Enfin, peut-être qu’au fond, draguer un mec qui manie avec plaisir ce langage hiéroglyphique l’avait amusé. 

D’ailleurs, ils devraient refaire du sport ensemble. Au printemps, le  « date » autour d’une table de ping-pong lui avait beaucoup plu.

Ils pourraient aller courir, par exemple. Jakub lui avait conté sa victoire à l’épreuve de biathlon course/tir organisée par les officiers, et ça lui avait donné envie de s’y essayer. Ils iraient à la piste d’athlétisme de la fac ! Lui souffrirait le martyr, mais voir son amoureux déployer son endurance, contempler ses mollets et ses cuisses le propulser avec aisance, tout cela vaudrait bien des sacrifices. Il amènerait son cahier et esquisserait des portraits athlétiques pendant qu’il enchaînerait des tours supplémentaires. 

Enfin… à condition qu’il reste. Leur proximité immédiate et le parfait mariage de leurs sentiments résonnaient comme un nouveau sursis. Quels que soient ses plans, il faudrait le convaincre de rester à Montpellier, sinon dans une métropole facilement accessible : Perpignan, Toulouse, Marseille, Avignon… 

Posé sur le plan de travail, le téléphone d’Alban s’alluma et les notes enchanteresses de la bande originale d’Harry Potter retentirent. Ce fou de Matthias avait lui-même installé cette sonnerie sur son téléphone afin qu’Alban soit bien prévenu de ses appels hautement importants. Il se rendit compte avant de décrocher qu’il avait complètement oublié leur sortie cinéma.

— Yo beau gosse, t’es où ? dit la voix de son ami. 

Alban regarda l'heure. Effectivement, le film commençait dans vingt minutes. Il fit un tour sur lui-même et répondit : 

— J’étais pris dans le DM, mais je suis quasiment prêt. Rentrez sans moi, j'arriverai tout juste pour le début du film. 

— Va pour cette fois. Mais pour ta peine, tu me devras quelques solutions ! 

— Si tu veux. Allez, je me dépêche !

Alban se précipita vers la salle de bains en vue d’une douche express. Il se savonna énergiquement et se rinça immédiatement. Il récupéra son pantalon de la journée et changea seulement son boxer et sa chemise. 

Avec son remue-ménage, Jakub s’était réveillé et s’étirait paisiblement dans son lit. 

— Tu vas où ? demanda-t-il en bâillant.

— Une sortie ciné prévue avec un ami de la fac. Tu veux venir, en fait ? 

— Mmh, je passe mon tour. J’ai une bonne journée qui m’attend, demain. Je vais encore me reposer. 

— Comme tu préfères ! Donc je te laisse les clefs ? Si t’as faim, sers-toi dans les placards et le frigo. Désolé, je suis complètement à la bourre, j’y vais ! 

Par chance, le tram arriva au moment où il monta sur le quai. Six stations plus tard, il déboucha devant le Pathé de la Place de la Comédie. Il acheta son billet pour « Les Crimes de Grindelwald » et gambada vers la salle indiquée. En poussant les lourdes portes battantes, il constata que la projection avait déjà débuté. Il s’excusa à grand renfort de signes de la main pour son irruption tardive et descendit les rangées jusqu’à trouver Matthias. À sa gauche, deux jeunes le saluèrent silencieusement. Logiquement, c’étaient son cousin et la copine de ce dernier. 

Diverses créatures magiques peuplaient l’écran, les effets spéciaux se succédaient, mais Alban avait du mal à se laisser porter par l’intrigue. Comment s’organiseraient-ils pour le week-end à venir ? Il n’allait pas laisser Jakub seul chez lui du vendredi soir au dimanche ! D’une manière ou d’une autre, il faudrait le convaincre de l’accompagner à Valras. Le cas échéant, Matthias n’y verrait aucun souci, la question se posait plutôt vis-à-vis de ses grands-parents. C’était moins la nature de sa relation avec Jakub que le fait d'imposer sa présence en dernière minute qui le dérangeait.

Matthias en était resté au message à destination de Jakub qu'ils avaient rédigé ensemble, quelques jours plus tôt, afin de reprendre contact. Il ne se doutait d’absolument rien ! L’ironie du sort avait fait que l'intéressé ne l’avait jamais reçu, car son portable était resté dans un casier à la caserne de Charleville. Ce n’était pas plus mal tellement le texto était niais. 

Et finalement... n’y aurait-il pas moyen de contacter le centre militaire ? Ils pourraient renvoyer les documents les plus importants par la poste, même à l’adresse de son propre appartement, et non pas chez ses parents, si Jakub le jugeait pertinent. Il lui en parlerait tout à l’heure. 

Alban zieuta à sa gauche et nota que les amoureux n’étaient pas plus attentifs que lui. Ils étaient occupés à se toucher les jambes, les épaules, le cou ; ils lâchaient des rires étouffés de temps à autre. Matthias, en revanche, était captivé par les images. Son regard ne déviait pas, ses yeux brillants suivaient les scènes en cillant régulièrement. 

Lorsque le film fut terminé, ils se levèrent et émergèrent hors de la salle comme des zombies exposés à un soleil brûlant. 

— Il était un peu moins bien que le premier, mais je ne regrette pas ! lança Matthias. 

— Je suis d’accord, dit Alban.

Les deux tourtereaux approuvèrent de la même manière pour éviter une analyse trop approfondie. 

— Nous pouvons enfin faire les présentations ! Voici donc Alban, dont je vous ai souvent parlé. Alban, voici Robin et Lou, qui ont le même âge que nous. Vous êtes ensemble depuis deux ans, c’est ça ? 

— Presque ! dit Robin. Ça date de la fin de la Terminale. On a survécu à tous les bouleversements des études supérieures : franchement, c’est une vraie performance !

— C’est vrai… dit Matthias. On va boire un coup ? Faut que je vous explique le programme du week-end.


💬 Commentaires 7

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robert_dubois • 1 semaine, 3 jours
Que se passe-t-il ? Tu as changé d'orientation musicale ?
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lampertcity Auteur • 1 semaine, 3 jours modifié
C'est du hardstyle (sous-genre rawstyle) ! A la sauce japonaise, mais ça reste du bon hardstyle :D
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robert_dubois • 1 semaine, 2 jours
Jamais entendu parler de ce truc. Ca me fait penser plutôt à de la musique de robot, en tout cas écrit pat un robot et destiné à... je ne sais pas qui.
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robert_dubois • 1 semaine, 2 jours
Ta façon d'écrire change également, j'ai l'impression. Un peu plus alambiqué, avec un choix de mots qui semble parfois destiné à surprendre le lecteur... lequel n'aime pas forcément se faire surprendre, ça dépend.
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lampertcity Auteur • 1 semaine, 2 jours
Le rawstyle est la branche qui explore des sonorités de kicks plus originales, brutes (raw) et décousues. C'est souvent sympa !
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lampertcity Auteur • 1 semaine, 2 jours modifié
C'est certain que je cherche souvent des nouvelles images pour remplacer des expressions un peu trop récurrentes. Comme toujours, tout est question d'équilibre et de variété (t'as raison, sur ce chapitre, il y a peut-être beaucoup de longues phrases complexes).
J'aime aussi bien utiliser des mots que j'apprends pour le scrabble.
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lampertcity Auteur • 1 semaine, 2 jours
Je préfère surprendre un peu, plutôt que d'être lisse et consensuel comme une IA ...
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