Chapitre 27
Écrit en écoutant notamment : Sunhiausa — The Feeling After
Il préféra une approche douce. Sa main se déposa sur la cuisse de Jakub, juste au-dessus du genou. Il remonta en redressant les poils sur son passage et glissa vers l’intérieur, là où le muscle s’épaississait.
Jakub imita son mouvement. Leurs bras se croisèrent, glissant l’un par-dessus l’autre ; sa peau le caressa comme un archet qui ferait vibrer une corde de violon à la fréquence parfaite. Il remarqua que son souffle était devenu plus profond. Son cœur battait fort sous son pectoral gauche ; il préparait tout son corps à un second round.
— Reste là, dit Jakub.
Il s’allongea dans le sens opposé, les mollets dépassant du matelas. L’infime lueur qui perçait depuis l’extérieur montra à Alban le visage séducteur de son amoureux au premier plan. Derrière, ses fesses dessinaient un relief des plus séduisants. C’étaient ces images qui lui rappelaient à quel point certains garçons étaient jolis. Celui-ci en particulier était parfait. Un corps athlétique, bâti pour la performance, mais tout aussi capable de servir son plaisir. Un corps qui accepte cette position dévouée, pour qui la soumission et la servitude font partie de l’amour.
Jakub attrapa son sexe fermement. Ses yeux n’en étaient qu’à une quinzaine de centimètres. Puis il se mit à le caresser, à un rythme d’échauffement. Tantôt, Alban se redressait pour lui effleurer le cou, la joue, les cheveux ; quand Jakub lui embrassait l’intérieur de la cuisse, il ne pouvait que se tendre vers l’arrière pour apprécier la vague de plaisir.
— Attends, un peu moins vite, haleta Alban après plusieurs minutes d’abandon.
— Quelque chose ne va pas ?
— Il faut ralentir, je ne vais plus tenir ! D’habitude, ça ne me fait pas tant d’effet.
— Je suis juste très doué de mes mains, que veux-tu !
— Je peux essayer aussi ?
Jakub accepta le deal et ils échangèrent leurs positions. Alban se cala contre ses jambes musclées. En s’approchant de la taille de son garçon, il sentit une fragrance à la fois habituelle et sauvage, un mélange entre les derniers effluves de son gel douche et l’odeur propre à Jakub et à son excitation. Un doux enivrement s’empara de son corps, comme tout à l’heure, au pub anglais.
***
L’orgasme les foudroya, puis s’étira en une fatigue voluptueuse. Alban garda une main posée sur les abdos de Jakub et l’autre le long de son corps. Lorsque les derniers nuages d’orage se furent évaporés, il réassembla ses sentiments.
— C’est incroyable. C’est la première fois que j’apprécie autant un gars pour son physique, pour sa personnalité, et que le sexe est aussi intense. Et que tu aies fait autant de chemin pour me trouver... ça me fait tout drôle.
— Moi, je me sens bête d’avoir hésité au dernier moment, quand je t’ai vu dans le hall de la fac, puis quand je t’ai suivi en cours.
— Et pourtant, on se connaît à peine, ajouta Alban. Je sais, je radote un peu. Mais j'ai toujours peur d’être déçu un jour.
— Je te comprends. Les débuts de relation peuvent paraître vertigineux. Quand je repense à mon premier crush, à seize ans, c’était encore pire. C’était pendant les vacances d’été. L’illusion de l’amour absolu qui se fracasse contre la réalité d’un temps compté.
— Il faudra que tu me racontes.
— Enfin... pas besoin de se connaître immédiatement sur le bout des doigts pour profiter. Ce serait même triste, tu crois pas ?
— Oui, t’as sûrement raison.
***
Un nouveau jour s’éveilla. La main d’Alban se tendit vers le matelas qui avait accueilli le corps de son amoureux. Il était vide et froid. En se relevant, Alban constata que la couverture était froissée sur le bord du matelas.
Il se leva d’un bond et se dirigea vers la pièce principale de son appartement. La clarté du soleil éblouit ses yeux encore endormis. La porte vers l’extérieur était entrebâillée ; un filet d’air frais lui donna la chair de poule.
Il sortit sur la plateforme métallique faisant office de balcon. Jakub se tenait là, dos à lui, les bras croisés sur la rambarde. Pieds nus, torse-nu, et paisible, avec pour seule protection le short qui couvrait ses fesses. Le soleil rougeoyant au-dessus des toits dessinait les contours de sa silhouette et faisait briller ses mèches. Il se retourna en entendant les pas d’Alban.
— La vue est sympa, t’as de la chance, dit-il.
Alban s’approcha timidement. Il était encore là, pour un moment.
— Personne ne nous regarde, dit Jakub. Le lever du jour est à nous.
Il saisit Alban par la taille et l’entoura de ses bras forts. Le contact entre leur peau nue et fraîche fut délicieux. Cette étreinte le gonflait d’une énergie positive ; il se tendit pour absorber un maximum l’affection.
— Je dois filer en cours dans une demi-heure. Comment on s’organise ? Je rentrerai vers seize heures.
— D’accord. Je reviendrai à ce moment, si j’ai fini.
— Tiens, je te donne mon numéro en cas de souci, dit Alban en allant chercher un morceau de papier à l’intérieur.
— Merci.
— Je dois aussi te dire qu’un ami m’a invité pour le week-end. Si je le convaincs de t’emmener, t’es partant ?
Jakub fronça les sourcils. Cela s’annonçait déjà mal.
Jamais il n’oserait annoncer au dernier moment à Matthias qu’il annulait. Son meilleur ami serait déçu au plus haut point et le vivrait comme une trahison.
— J’ai pas trop envie de déranger. S’il faut, je peux m’occuper ce week-end. Je trouverais bien un ancien pote de STAPS pour m’héberger.
Alban grimaça. Il fallait trouver de meilleurs arguments.
— Je connais Matthias. S’il dit oui, c’est un vrai oui. Tu seras un invité comme les autres.
— Je vois.
— Et on aura une chambre avec un grand lit double, rien que pour nous deux ! avança-t-il sans en avoir la moindre garantie. Et j’ai envie de marcher sur la plage avec toi. On pourrait même courir ensemble sur la côte, et s’embrasser devant les vagues.
Les lèvres de Jakub se redressèrent.
— T’essayes de m’avoir par les sentiments, hein ?
— Oui...
— Allez, c’est tout bon pour moi, sourit-il comme s’il était satisfait de lui avoir arraché cet aveu. Et si jamais, aie confiance en mon plan B.
Ils marchèrent quelques minutes ensemble en direction de la fac. Jakub devait prendre le bus en direction de la maison de ses parents à Montferrier, à quelques kilomètres au nord de la ville. De temps à autre, Alban osait lui effleurer la main. Jakub riait à chaque fois, et avant que leur chemin ne se sépare, il passa sa main sur ses fesses dans un mouvement lascif.
Le temps qu’Alban réagisse, il s’était éloigné de plusieurs mètres. Il fit un signe discret de la main et s’assit sur le banc de l’arrêt de bus, les coudes sur les genoux. Faute de mieux, il portait toujours les mêmes habits prêtés que la veille.
Alban
ressentit un pincement à l’idée de le laisser à la merci de cette ville
sauvage, sans moyen de communication direct. Il évita
de contempler la scène trop longtemps et reprit sa marche vers la fac. Il se trouva vite ridicule : Jakub était cent fois plus débrouillard que lui.
Ses pensées se focalisèrent à nouveau sur le casse-tête du week-end à venir. Il lui restait huit heures au plus pour se décider ; se connaissant, il se fatiguerait à tergiverser jusqu’à l’ultime seconde.
Matthias arriva en même temps que lui sur le parvis de la fac.
— Alors, tes affaires sont prêtes pour ce soir ?
— Pas du tout ! répondit Alban.
En fait, il fallait peut-être adopter une stratégie de psychologie inversée. Dire qu’il avait retrouvé Jakub, puis espérer que Matthias propose de lui-même de l’inviter. Comme souvent, ce dernier avait réglé tout le voyage au millimètre, mais il ferait peut-être une exception, car ce serait eux deux ou bien personne.
— D’ailleurs, il m’est arrivé quelque chose d’amusant, hier, se lança-t-il.
— Hé Alban, t’as vu le mail ? On est dans l’amphi Fourier pour le cours de ce matin !
Lui et Matthias se retournèrent tous les deux. C’était un étudiant avec lequel ils n’avaient jamais vraiment échangé, seulement quelques banalités en rapport avec les cours. Ils l’avaient souvent vu seul au restaurant universitaire ; il n’avait pas l’air de rechercher de la compagnie. C’était même étonnant qu’il connaisse son prénom.
— Merci pour l’info, répondit simplement Alban. À tout de suite.
— Tu voulais me dire quoi ? reprit Matthias.
— Ah... rien d’important, au final. Allez, on sera en retard si on traîne encore.
— Sinon, ton aide pour le DM tient toujours ? On pourra se poser dimanche soir chez moi, avec une petite bouffe. Je t’avoue que je suis en retard partout.
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La description de leur activité sexuelle du soir s'interrompt un peu tôt, du coup, on ne sait pas trop si c'est juste une branlette affectueuse réciproque avant le dodo ou si ce ne sont que des préliminaires pour une pénétration qui n'est pas décrite : le lecteur voyeur en aurait voulu un peu plus !