Chapitre 1 - Université des Lys (2/2)
Au lendemain d’une nuit agitée, je me préparai pour mon premier jour. Sur ma table de chevet se trouvait le Livre que m’avait confié mon père. Pour me donner de la motivation, je feuilletai ses pages vierges. Il portait l’odeur des vieux manuscrits.
Mes doigts caressaient les feuilles granuleuses, quand, à ma grande surprise, je tombai sur une page avec une dizaine de noms.
Antoine Koneo.
Sophie Pichat.
Jaya Koutrahi.
Kaelen Voss.
Amara Ndiaye-Kess.
Ren Takashiro.
Ilyana Marek.
Zayan Al-Farouk.
Théa Solyndra.
Mateo Cruz-Anara.
Que faisaient-ils là ?
« Il te permettra de te rappeler qui tu es. »
Il existait deux types d’écritures pour inscrire les défunts : les morts permanentes en gras et les morts temporaires en italique. Ces noms faisaient partie des morts définitives, avec une date pourtant lointaine, qui ne devraient pas apparaître aussi tôt. Souvent, elles s’inscrivaient deux à trois semaines avant leur collecte. D’où mon interrogation.
Mais ce mystère devrait attendre. L’heure avançait, et je ne devais pas être en retard. J’attrapai un pull à la volée, avant de m’engouffrer dans le couloir. Je descendis les marches deux par deux, curieux de connaître mes locaux d’apprentissage. Dans ma hâte, je bousculai quelqu’un. Des cheveux blonds cendrés camouflaient son visage. Cela ne m’empêcha pas de sentir qu’il s’agissait d’une humaine.
Mon regard ne s’attarda pas plus longtemps sur elle, et je poursuivis mon chemin. Un bruit de verre me fit baisser la tête en direction de mon talon. Par inadvertance, je venais de briser l’écran de sa tablette tactile. Mais, après tout, ce n’était qu’un objet sans attache.
— T’excuse surtout pas, connard ! hurla-t-elle dans mon dos.
Mes sourcils firent une vague, surpris par son emportement. Pourquoi s’énervait-elle ? Mon père m’avait toujours enseigné de ne pas m’attacher aux choses matérielles. Peut-être n’avait-elle pas reçu la même éducation. Peut-être que son père à elle ne voyait aucun mal à ce qu’elle chérisse sa tablette.
Quand j’arrivai dans la cour centrale, qui regroupait l’aile droite des humains et l’aile gauche des altruistes, je fus accueilli par une image holographique.
« La jeunesse est la clé du pouvoir ».
Des papillons de synthèse volaient autour de moi. Des bruits d’oiseau sortaient des différentes enceintes disposées de part et d’autre de la cour. Une statue de marbre en forme d’arbre trônait au milieu.
Un brouhaha de voix emplissait l’espace. Les humains, reconnaissables à leurs combinaisons climatiques rouges et noires, se regroupaient de leur côté. Les altruistes n’avaient pas de contraintes vestimentaires, puisque nous n’étions pas impactés par les températures.
Sur la gauche, je fus accueilli par un sas identique à celui de mon couloir. Après avoir scanné mon Prisma, je pénétrai dans un deuxième sas, qui cette fois-ci analysa mon âme. Les vitres teintées finirent par s’ouvrir sur une pièce faite de pierre. Elle s’étendait en arche, illuminée par de grandes fenêtres floutées.
Dans le coin gauche de l’entrée, deux membres de la R.D.Â. se tenaient statiques.
Mon père m’en avait déjà parlé. La Régulation Des Âmes. La police du Grand Conseil. Seulement, c'était la première fois que je les voyais en personne. Ceux qui veillaient à ce que chacun respecte la loi. Ceux qui éliminaient toutes anomalies ou fraudes. Leur présence me mettait mal à l’aise, je baissai la tête, comme si j’étais coupable d’un crime.
Une femme, installée derrière un bureau étriqué, tenait une tablette dans les mains. Ses cheveux bruns noués en un chignon serré laissaient échapper quelques mèches. Des lunettes rondes glissaient sur son nez.
— Bonjour, Mattheus, fit une voix enchanteresse.
Mes yeux captèrent les siens, qui m’observaient avec des iris violet mystique. Comment connaissait-elle mon prénom ?
— Rendez-vous dans la salle du Compère. Elle se trouve dans ce couloir – elle pointa ma droite – et tournez à droite.
— Merci.
Le chemin n’était pas très compliqué, il suffisait finalement de suivre les voix des élèves.
La salle gigantesque m’accueillit, une multitude de personnes déjà installées ne firent pas attention à moi. Je parcourais un rang sur ma droite, et pris place à côté d’une fille aux cheveux blonds blancs, qu’elle avait tressés et parsemés de fausses fleurs. Son look me fit penser à une pierre tombale.
Son visage se tourna vers moi, son expression neutre se posa sur la mienne, avant qu’un sourire naturel s’étire sur ses lèvres. Un sourire sans artifice, un mouvement de bouche fluide. Si simple et pourtant, je n’avais jamais réussi l’exercice correctement. En matière d’émotion, mon père ne laissait transparaître qu’un éternel froncement de sourcils. Comment aurais-je pu en être autrement ?
Un soir, j’avais tenté de me préparer devant le miroir. Mon sourire formait une grimace. « Pourquoi tu souris ainsi ? » avait lancé mon père d’une voix dédaigneuse. « Pour paraître plus humain. » avais-je naïvement répondu. Son visage s’était figé, dans une expression que je ne sus décrire. « Tu vaux mieux que ça. » avait-il simplement ajouté en me tournant le dos.
C’était ridicule. Pourtant, je n’avais plus jamais osé recommencer.
Nos regards s’accrochèrent une nouvelle fois, et, sans que j’en comprenne le sens, un sentiment d’affection inattendu naquit en moi.
— Salut, dis-je simplement.
— Salut.
Je tentai d’imiter ce mouvement de bouche, mais je sentis mes traits se déformer.
— Un problème ?
— Oh, non, pas du tout.
Je repris une expression neutre.
— D’accord. Moi, c’est Mirabella.
D’un geste fluide, elle tendit sa main devant moi. Pendant quelques secondes, mon regard accrocha ce mouvement, me demandant quoi faire. Puis, d’instinct, je posai ma main dans la sienne. Ses doigts se refermèrent sur les miens. Ses ongles vernis de vert et de fleurs me firent sourire intérieurement.
T’as été fleuriste dans une autre vie ?
— Mattheus.
Une décharge glacée parcourut mon échine, remontant jusque dans mes orbites, comme si un champ électrique faisait vibrer mes os.
Que se passait-il ?
Les yeux de Mirabella s’écarquillèrent, à l’instar des miens. Je retirai lentement ma main de la sienne, toujours mutique.
Nous n’eûmes pas le temps d’échanger, car des bruits de talon retentirent dans le hall, faisant taire les voix. Une femme, à la chevelure de feu qui dansait au rythme de ses pas, remontait l’allée. Une fois sur l’estrade, elle se tourna face à l’audience et ouvrit ses bras d’un geste énergique. La familiarité de ses traits me frappa : il s’agissait de la femme de l’entrée. Ce devait être une Naturelle. Ces êtres qui pouvaient changer d’apparence, au même titre qu’ils faisaient évoluer la nature.
— Bonjour à toutes et à tous, fit-elle de cette même voix mélodieuse. Je vous souhaite la bienvenue en ces lieux. Permettez-moi de me présenter, je suis Madame...
Son index remua dans l’air et forma des lettres en tiges épineuses, créant le nom : Brindillovan.
— Je serai votre professeur en Développement Magique, un art dans lequel vous éveillerez et affûterez vos dons innés. Je suis également la maîtresse et conservatrice des lieux. Ou plutôt, la créatrice.
Elle marqua une pause. Ses yeux scrutèrent l’assemblée comme si chaque élève passait sous un rayon X.
— C’est ici, mes chers élèves, que vous allez vous accomplir, que vous allez embrasser la nature profonde qui sommeille en vous, cette essence qui a mûri au creux de votre âme depuis des siècles. Ensemble, nous apprendrons à libérer votre être intérieur, à le faire grandir, pour qu’il prenne son envol dans ce grand dessein qu’est notre existence. Vous l’aurez compris grâce à votre Gardien, votre rôle est d’une importance capitale pour la pérennité de ce monde.
Elle laissa résonner ses mots un instant, avant de continuer avec une force tranquille :
— Vous rencontrerez ici les meilleurs maîtres auxquels il m’a été donné d’enseigner. Nous ne nous entourons que de perfection, nous ne formons que la perfection. Oui, vous l’avez saisi : nous attendons beaucoup de vous. Mais rassurez-vous, nous serons là pour vous guider, à chaque étape de votre chemin.
Elle marqua une légère pause avant de reprendre :
— Assez de paroles. Vous trouverez sur vos Prisma vos emplois du temps, vos spécialités respectives, ainsi que les supports nécessaires pour vos cours à venir.
Des sonneries vibrèrent entre les murs. Je sortis mon appareil de la poche et le passai en mode Prismage. L’emploi du temps se forma d’une image holographique au-dessus de l’écran.
Un soupir de soulagement s’échappa de mes lèvres. Enfin, j’y étais : à ma place, dans ce lieu où tout allait changer. C'était ici que j’apprendrais à devenir un Maître de la Mort.
💬 Commentaires 2
Difficile de savoir où l'on met les pieds pour l'instant avec autant d'informations diverses qui mélangent la magie la science fiction et la mort.
La voix narrative de ton héro est peut-être ce qui m'a le plus dérangé. Difficile d'avoir de l'empathie pour lui pour l'instant, tant il semble distant et froid.